19 avril 2009

Cordoba

J'avais quelques réticences, je l'avoue, à venir dans cette ville. C'est la deuxième du pays et je craignais de me voir étouffer par l'agitation, la pollution, le traffice, le bruit. Mais c'était sans compter sur l'accueil chaleureux d'Alexandra et de sa famille. Alexandra est une collègue de ma soeur. D'origine argentine, elle vit à Paris et retourne plusieurs fois par an voir sa famille à Cordoba. Sa venue tombait parfaitement avec notre arrivée dans la ville. Alexandra est un concentré de vie et de bonne humeur. une belle personne.

Nous avons été accueillies à bras ouverts chez
ses parents. Ils vivent dans un bel appartement en plein centre.
Et nous voici avec une chambre et une salle de bains qui nous font oublier pour quelques jours les joies des dortoirs. Les draps ne grattent pas, personnes pour claquer les portes à 6h du matin, pas de ronfleurs,... Un peu gênées par tant de gentillesse, nous avions l'impression d'être chez nous...
Nous avons découvert une ville vivante, pétillante, étudiante. Nous sommes allées au musée, avons beaucoup marché, bu un café dans la faculté de droit, assisté à la manifestation du 24 avril (merci Amélie pour la rectification...) , commémorant le dernier coup d'Etat.


Puis nous avons été invitées à l'anniversaire de la mère d'Alexandra, dont je tairai l'âge car elle n'aime pas le donner. Je dirais juste qu'elle fait comme ma grand-mère et se rajeunit coquettement de deux ans... La fête avait lieu chez le frère d'Alexandra. Il vit dans une grande maison, au coeur d' un quartier résidentiel. Golf privé, vastes jardins, piscines, et gardien à l'entrée, il faut présenter sa carte pour pénétrer dans la zone. Une autre Argentine que celle que nous avons vue jusque-là. Celle de la classe moyenne, nous explique Alexandra.

Après le déjeuner nous sommes parties en compagnie des neveux et nièces d'Alexandra au musée de Che Guevara, afin de réveiller nos instincts révolutionnaires enfouis. Dans une salle, je me suis longuement arrêtée devant une carte retraçant le parcours des deux longs voyages que le Che a effectué en mobylette, dans sa jeunesse.
Et là, j'ai pu constater que j'étais en train de suivre la même route que lui. Il ne me reste donc plus qu'à me mettre aux cigares et à soulever les foules. Avant ça faudrait déjà que j'apprenne à parler plus fort, pour qu'on m'entende. Bon, c'est pas gagné...

18 avril 2009

Les douanes dans le nez

Je le concède, le jeu de mot est facile. Mais il convient assez bien au récit de notre premier contrôle, lors d'un trajet de nuit entre les provinces de Salta et Cordoba.
Au cours du voyage, les douanes nous font descendre du bus afin de fouiller nos sacs. Nous ne sommes pas loin de la frontière bolivienne, ils cherchent probablement de la drogue. Pour ma part, la seule substance douteuse qu'ils pourraient trouver seraient mes pastilles Vichy... Un douanier commence donc à fouiner dans mes affaires et me demande :
- " Vous venez d'où ?

- De France
- Vous allez où ?
- A Cordoba
- Seule ?
- Non, avec une amie.
Il me regarde, puis tourne la tête un instant vers Véronique, contrôlée juste à côté de moi.

- Ah... Elles sont très jolies, les françaises. Elles sont toutes comme vous ?! ”.

Si tous les contrôles étaient aussi simples...

15 avril 2009

Vers le Sud

Nous repassons par Salta une journée et repartons le lendemain, direction le sud de la région.
Cette fois-ci, nous louons en voiture, accompagnées par Marie-Louise et Julie, deux irlandaises rencontrées à l'hôtel au détour d'un petit-déjeuner. C'est le jour de la Saint Patrick, le patron des irlandais. Du coup, les filles ont enfilé des vêtements verts et nous ont offert des colliers aux couleurs de leur drapeau. Blondes et délurées, nous avons choisi les voyageuses les moins discrètes du pays. Mais ont leur pardonne, parce qu'elles sont très amusantes. Fière de leurs origines, dès qu'elles voient un trèfle sur un panneau, elles le prennent en photo.
Peut-être devrais-je faire pareil avec les coqs … ?

Etape du soir : Cafayate et ses vignes. Nous décollons vers 10h et commençons par longer un lac immense, bordé de forêts. Petit à petit la route traverse des gorges cernées par des montagnes d'un rouge profond. Ces montagnes se font plus grandes et en quelques kilomètres nous voici au coeur d'un canyon rougoeyant. Seuls quelques buissons épars donnent des touches vertes, ici ou là.


Nous nous arrêtons dans “La gorge du diable”,
grand creux naturel logé dans la roche.
Nous constatons qu'escalader les rochers en tongs est un exercice périlleux et repartons sur les routes tortueuses de la région. Chaque sortie de virage est l'occasion de découvrir un nouveau paysage. Tout change en un rien de temps et nous passons des vallons rouges du canyon à d'immenses plaines d'herbes sèches, en quelques kilomètres à peine. Comme si nous venions de traverser trois pays en un après-midi....

A défaut de pub irlandais, le soir, nous fêtons la Saint Patrick dans un grand bar vide de San Carlos, petit village tranquille. Le patron me montre les photos de ses enfants puis le certificat d'immigration de son grand-père italien, qu'il a encadré et accroché au mur. Ici, beaucoup d'argentins sont descendants d'immigrants européens. Quelques empanadas, une pizza et de grandes bouteilles de bière locale dans le ventre, nous honorons dignement le Saint patron...
Le lendemain, on nous avait prévenues : la route pour Catchi n'est pas de tout repos. Ah bon ? Effectivement, après cinq kilomètres le bitume laisse la place aux cailloux et à la poussière. C'est une piste étroite que nous suivons donc pendant des heures et des heures. Sur le bord de la route, des hameaux de quelques maisons, une école, une église, une station service qui ne doit pas servir souvent.

On s'arrête devant une école et je discute avec l'instituteur. Ici, pas de téléphone. Enfin si, une fois par semaine, quand il se rend le dimanche à San Carlos, à une demi-heure de voiture...
Les enfants sont partis manger et je visite les lieux : une salle de classe avec une dizaine de tables serrées les unes contre les autres, l'emploi du temps de la semaine affiché au mur, un four à pain derrière le batîment et des caisses d'oignons dans la cour, pour rappeler que les habitants de la région le cultivent massivement. Je resterais bien plusieurs jours dans ce hameau perdu, juste à écouter les cours du professeur, écrire, dormir, discuter...
Mais mes camarades m'attendent et le “road trip” continue. Nous reprenons la route. Sans nous en rendre compte, nous prenons de l'altitude et l'horizon se fait de plus en plus lointain. Je commence à percevoir l'image que j'avais jusque-là de l'Argentine : des paysages à perte de vue,
parsemés d'herbes de la Pampa, sous un ciel bleu-gris sombre.
La route n'en finit plus et nous entrons dans Catchi juste avant la tombée de la nuit. Nous venons de faire une soixantaine de kilomètres en plus de cinq heures...
Catchi est un joli village perché à plus de 3 000 m. Lors de notre passage, nous assistons à la fête patronale, avec feux, danses et chants traditionnels et défilés de “Gauchos” sur leurs chevaux. A notre habitude, nous fêtons comme il se doit le Saint patron de la ville, avec quelques gorgées de bière du coin.

Pour le retour sur Salta, nous partions persuadées que l'on avait vu le plus époustouflant la veille Et bien non. Tantôt bitumée, tantôt caillouteuse, la route se fait désormais ligne droite au coeur d'étendues immenses, ponctuées de cactus et de panneaux “attention lamas”.
Puis nous redescendons au fur et à mesure de nos hauteurs en zigzaguant sur un chemin de cailloux, traversé par de petits cours d'eau. Et l'on se dit que l'on aurait peut-être dû louer une voiture avec des pneus tous-terrains...

Ca y est, j'ai la marque des tongs !

Bon d'accord, c'est pas flagrant. Mais à force de passer mes étés en Bretagne ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Vivement la marque du maillot !


11 avril 2009

Vers le Nord

Avec Véro, nous décidons de quitter deux jours Salta, pour nous rendre dans le nord de la Province. Il paraît que là-haut, la couleur des roches est incroyable. Ou plutôt les couleurs : rouge, vert, jaune, orangé,... Des routes que le bus emprunte aux petits villages de Pumamarca et de Tilcara, la montagne arbore une palette étonnante. Comme des coups de pinceaux donnés ça et là sans raisons apparentes, juste par hasard. On a l'impression que si on gratte encore un peu, la roche va laisser découvrir d'autre teintes étonnantes, inattendues.



Après cette variété de couleurs, nous sommes tentées
par un peu de blanc.
Celui des “Salinas Grandes”.
Une vaste plaine recouverte de sel, perchée à plus de
3 000 m d'altitude. Sauf que c'est à une heure de voiture et qu'il n'y a pas de bus pour s' y rendre. Peu farouches, nous commençons à lever le pouce à la sortie d'un village. Au bout de quelques essais infructueux à l'ombre d'un arbre, notre charme - renforcé par un bronzage naissant - agit enfin. Un gros camion s'arrête et nous ouvre sa porte. A l'intérieur, un homme et une femme, récupérés eux aussi quelques mètres en amont. Au volant, Gustavio notre chauffeur. Coup de chance, il va justement aux Salinas. Il part tous les jours ramasser du sel là-haut, qu'il ramène ensuite en ville. Au bout d'une heure et demi de lacets montagneux, nous arrivons sur une grande route en ligne droite. De chaque côté, du blanc à n'en plus finir. Juste du sel. Que je goûte. C'est un peu plus concentré que la salière de table...


Toutes ces étendues me font perdre le sens des distances et des proportions. On ne sait plus si les montagnes sont près ou loin, si elles sont grandes ou petites. La chaleur du soleil est atténuée par l'air frais de l'altitude. Seule ombre dans les parages, celle de deux maisons construites en briques de sel. L'idée me traverse d'en ramener un exemplaire à mon oncle Bruno, pour son Musée du Bâtiment. Mais j'ai un doute quant à la discrétion de mon entreprise et me contente de quelques photos...


Une heure d'observations et d'expérimentations plus tard, Gustavio a fini de charger son camion. Il klaxonne deux fois et nous remontons dans la cabine, tandis qu'à l'arrière les bennes sont pleines de sel.
Dix heures. C'est le temps que Gustavio met pour faire le trajet aller-retour, six jours sur sept. Nous refaisons donc le chemin dans l'autre sens, à 20 km/h. Nous avons tout le temps de voir défiler une route toujours aussi sineuse. Vertigineuse, même. On discute, tout en regardant la pente et les virages qui nous attendent. On distingue parfois une ou deux maisons isolées au loin, au milieu de nulle part. Puis on aperçoit soudain une femme, qui descend la montagne à pied. On ne sait ni d'où elle vient, ni où elle va. Pas de maisons à l'horizon. Elle a l'air de connaître son chemin et dévale les pentes presque en courant. La trouver ainsi dans ce vaste espace perdu me ramène tout à coup à une autre réalité...


Coups de ciseaux


Pour marquer le coup de ce voyage, rien de tel qu'une nouvelle coupe de cheveux. Chaque promenade en ville est donc l'occasion de guetter LE coiffeur. Celui qui me fera cette coiffure de jeune femme moderne, rêveuse et romantique (...) dont je rêve tant. Et pour pas cher.

Je découvre donc les petits salons pour vieilles dames, les barbiers et les enseignes branchées où le résultat esthétique importe peu, pourvu qu'il soit à la mode. Après avoir poussé quelques portes, je finis par trouver le fauteuil qui acceptera de voir mes cheveux tomber et j'entre une jolie boutique, avec une devanture un tantinet vieillotte, mais pleine de charme. Dans la vitrine apparaissent de vieux objets de beauté en bois, des postes de radio essouflés, des ustensiles de coiffeurs aux années bien tassées. J'hésite un instant, puis tente le coup. Au pire, ça repoussera.


Et me voici entre les mains de Berta. La soixantaine, un visage bienveillant et des dizaines de trophées. Plus d'une cinquantaine. Je crois que je suis tombée sur la coiffeuse la plus titrée du pays. Le salon est envahi par les coupes dorées et argentées, souvenirs de compétitions remportées en vingt-cinq années de coiffure.


Les mèches tombent et nous parlons de ses enfants, de mon métier, de ses trophées. Au final, dix centimètres disparaissent de ma chevelure et la coupe me plaît. Beaucoup. Berta a des doigts magiques. Je sorsd de ma bourse l'équivalent de six euros. Et dire qu'il fallait que je traverse l'Atlantique pour être enfin satisfaite de mon coiffeur...

7 avril 2009

Salta la jolie … et ses touristes


Jolie ville, ni trop grand ni trop petite. Ici, les bâtiments coloniaux ont gardé leur place. Ils s'intercalent entre deux immeubles, quelques maisons ou des boutiques. Des rues étroites, une place centrale verte et animée, des terrasses de cafés,... voici ce qui'l nous fallait pour nous remettre de l'étouffante Mendoza. Salta grouille. De touristes. De l'hôtel au centre, il nous faut un quart d'heure à pied, dont cinq minutes où il n'est pas possible de faire dix mètres sans que l'on nous interpelle d'un : “Hola Chicas ! Excursiones ?!”. Non, pas d'excursion pour nous. On va essayer de se débrouiller toutes seules, merci. Mais dire tout ça en espagnol c'est encore un peu compliqué pour moi, alors je me contente d'un sourire accompagné d'un “No, gracias”.

6 avril 2009

Les bus argentins

Changement de décor. Nous partons pour Salta, dans le Nord, et prenons conscience de l'immensité du pays. Départ à 19h, arrivée le lendemain à 13h, soit 18H de bus. Et dans ce laps de temps, on ne traverse même pas le moitié du pays ! L'Argentine n'en finit pas. Mais ce trajet est surtout l'occasion de découvrir le confort des bus argentins. Quand je parle de confort, je suis on ne peut plus sérieuse. Car en comparaison, la SNCF n'a qu'à bien se tenir. Pour nos longues heures de transport, nous avons tout d'abord le choix entre couchette ou semi-couchette. Nous optons pour ces dernières, ce qui nous vaut des sièges larges, moelleux, ultra-inclinables avec repose-pieds intégré.


Mais le mieux, c'est notre accompagnateur, Fernando. Dès le début du voyage il se présente et présente le trajet, tel un stewart dans un avion. Il manque juste les consignes, en cas de crash. Ensuite, il nous apporte des petits coussins, un verre d'eau, un plateau-repas et prend soin de mettre en route un film, diffusé ensuite sur les quatre télévisions du bus. Nous voici donc avec notre repas sur les genoux, devant une production musclée de Luc Besson qui se déroule à Marseille. Pas très dépaysant. Quelques bagarres et coups de feux plus tard, Fernando ramasse les repas et passe le balai dans l'allée du bus. Il est parfait, cet homme. Sauf que Fernando, il a des notions de secourisme un peu limitées. En voulant poser un sac au-dessus de ma tête, je me suis brûlée la main sur un néon. Et quand je viens le voir avec un index écarlate et ayant doublé de volume, il ne sait pas trop quoi faire. Finalement, je lui suggère un peu de glace tandis qu'un un voisin de bus me tend une crème grasse sentant le camphre, une sorte de “baume du Tigre” fabriquée en Bolivie. Je me tartine et mets la glace par-dessus. Le lendemain au réveil : plus rien ! Depuis, j'ai acheté un pot de cette crème magique, qui ne me quitte plus.

Au lever du jour, il nous reste encore quelques heures de bus et au lieu de mettre un film, Fernando nous propose un bingo. Il distribue les grilles de numéros à chacun et commence à citer les numéros. Parfait exercice pour travailler mon espagnol. Sauf que je n'aurai pas la joie de crier “bingo !” en espagnol (prononcer “Bingooooooooo", à la façon des présentateurs de foot argentins”), une jeune fille ayant remporté la partie avec de belles longueurs d'avance. Mince. Sur ce, nous prenons le petit-déjeuner et Fernando repasse le balai. Nous arrivons en début d'après-midi à Salta et filons à la recherche d'un hôtel. Car même si ces bus sont très confortables, une petite douche ne serait pas de refus...

3 avril 2009

Autour de Mendoza

Balade dans les montagnes avec Rodrigo


La gendarmerie, au cas où...



Villavicencio









Dédicace familiale